Entretiens

03/01/2022

Visite à l’atelier. Hommage aux donateurs : Zaü, Lise Le Coeur et Françoise

Médiathèque Françoise Sagan (Paris)

Depuis le 1er décembre 2021 et jusqu’au 27 février 2022, l’exposition Visite à l’atelier. Hommage aux donateurs : Zaü, Lise Le Coeur et Françoise célèbre l’entrée récente dans les collections du fonds patrimonial Heure joyeuse de trois ensembles importants de dessins originaux. Elle propose de réaliser un parcours au cœur des créations des artistes Françoise Seignobosc, dite Françoise (1897-1961), Lise Le Cœur (1942-2020) et Zaü, illustrateur toujours en activité. Hélène Valotteau, commissaire de l’exposition, Conservatrice en chef, et Responsable du pôle jeunesse et patrimoine nous a accordé un entretien.

 

Laurence Le Guen Comment est venue l’idée de cette exposition consacrée à trois illustrateurs ?

Hélène Valotteau Les trois artistes ont fait don de leur fonds d’atelier à la médiathèque Françoise Sagan. Françoise Seignobos étant décédée, c’est sa nièce qui a procédé au don en 2018. Lise Le Cœur a pu le faire de son vivant puisqu’elle est décédée en 2020 au début de la pandémie et Zaü est toujours en activité. Nous avons des dessins préparatoires, des dessins complets des albums, toutes les planches de tous les albums ou presque car tout ce qui concerne la carrière américaine de Françoise est bloqué aux États-Unis. Ces fonds contiennent également leurs carnets de croquis, les carnets d’enfants de Françoise, sa boite de peinture, en somme tout ce qui documente la création. Depuis 2016, nous explorons les coulisses, les marges du livre, le livre en train de se faire. Ces expositions sont pour nous l’occasion de mettre en avant des dessins originaux contenus dans notre fonds patrimonial. Visite à l’atelier. Hommage aux donateurs est également l’occasion de remercier les artistes qui nous ont confié leurs fonds.

LLG Comment faire cohabiter trois artistes ensemble dans une exposition ?

HV Les créations de ces trois artistes s’enchaînent chronologiquement. Avec Françoise, ce sont les années 30 à 50, Lise Le Cœur les années 80 et l’essentiel des albums de Zaü correspond à la période allant des 1980 à nos jours, même s’il a commencé à publier dans les années 1960. Cette chronologie permet de dévoiler l’évolution des techniques et de l’illustration depuis presque un siècle. Les trois illustrateurs ont toutefois des styles graphiques très différents et c’était une gageure de les faire figurer dans la même salle. Il nous a fallu trouver un fil rouge et ce sont en fait trois fils rouges que nous avons trouvés : les coulisses de la création, les animaux, car tous ont des univers créatifs peuplés d’animaux, et la représentation de Paris. Lise Le Cœur, par exemple, a créé une jeune héroïne appelée Tutu-Mauve qui se balade dans Paris, découvre plein de monuments de la capitale. Zaü, qui habite dans le quartier de la médiathèque, le représente régulièrement dans ses albums.

LLG Je suppose qu’il a été difficile de faire un choix au sein de ces fonds. Comment avez-vous procédé et quelle scénographie avez-vous retenue ?

HV Nous avons dû sélectionner une ou deux planches par album et, bien évidemment, cela ne montre que la partie émergée de l’iceberg. Nous avons choisi de mettre en avant des techniques différentes, mais également des jeux de parenté, de ressemblance. Le choix a été aussi esthétique.

Presque tous les originaux sont sous cadres. Normalement, un accrochage se fait à 1m50 du sol en prenant le milieu du cadre, mais nous les installons à 1m40 de façon à ce que les cartels se retrouvent plus bas et soient lisibles par les plus jeunes.

Chaque artiste occupe un tiers de la salle. Notre idée était de jouer sur les transparences pour créer une scénographie. Zaü a réalisé une fresque à partir d’une technique qui lui est propre et qu’il a beaucoup utilisée dans les années 90. Il a dessiné à l’encre de chine sur des feuilles transparentes, que nous avons fixées sur les vitres. Les palmiers dessinés jouent ainsi avec ceux du jardin de la médiathèque. Nous nous sommes inspirées de cette technique pour délimiter les deux autres espaces. Nous avons utilisé des bandes de calques sur lesquelles nous avons reproduits des motifs que Françoise a créés pour la revue Le Jardin des modes. Pour Lise Le Cœur, nous avons reproduit les bandes avec des ours ou des compotiers que l’on trouve dans ses albums.

LLG Comment avez-vous tenu compte de votre jeune public ?

HV Dans les vitrines de l’aile des albums à hauteur d’enfant, ils peuvent découvrir les originaux de l’album Je serai les yeux de la terre (2007) publié chez l’éditeur Rue du Monde.

Au premier étage, nous avons mis en place un espace participatif qui tisse des liens avec les vitrines de la salle d’exposition où les plus petits ont découvert des objets, les santons de Françoise ou ses moutons en bois, sans pouvoir y toucher, puisqu’ils sont sous vitrines. Faber-Castel, notre partenaire, nous a offert de quoi organiser un espace de dessins, afin que les enfants puissent dessiner « à la manière de » Françoise. Son fonds regorge de ses coloriages que nous avons numérisés et imprimés pour qu’ils puissent colorier du « Françoise ». Dans un espace Zaü, un écran projette le tuto de la série Deux yeux-dix doigts qui permet de découvrir comment dessiner ses animaux. L’artiste a accepté de se laisser filmer en train de les réaliser. Ce tuto, réalisé par notre partenaire Bibliocité, permet aussi de découvrir d’autres artistes de notre collection.

LLG Il s’agit d’une exposition consacrée à des illustrateurs, néanmoins y trouve-t-on de l’écrit ?

HV Tout à fait ! De grands panneaux de textes donnent les clefs de lecture de ce qui est présenté. On trouve évidemment des livres dans les vitrines et les cartels résument les intrigues des ouvrages. Zaü fait lui-même sa calligraphie et nous présentons plusieurs de ses planches. Nous présentons également des recherches de graphies réalisées par Lise Le Cœur pour l’album Trois histoires pour aller dormir (1980)Nous présentons également une ou deux maquettes de texte annoté, mais c’est plus pour montrer le travail de l’illustration et comment la répartition texte-image se fait, quels éléments doivent être illustrés.

LLG  Quels souvenirs le visiteur emporte-t-il de son passage ? Laisse-t-il une trace de son passage dans un livre d’or ?

HV Il repart avec un livret de 16 pages en couleur et avec des cartes postales distribuées lors d’accueils de groupes, de classes, des visites commentées qui ont lieu deux samedis par mois. Ils peuvent aussi retrouver en ligne sur le site des bibliothèques de Paris le tuto Deux yeux-dix doigts et l’album de coloriages de Françoise.

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C’est un moyen de faire vivre l’expo au-delà de sa durée d’accrochage.

Les visiteurs ont pu assister à un conte musical de Zaü, lu par Caroline Roux, qui met en musique et raconte l’histoire pendant qu’il dessine. L’image se crée sous les yeux du public sur grand écran. Cette performance n’a pas été captée contrairement à celle de réalisation de la fresque que nous envisageons de diffuser.

Il y aura sans doute une rencontre entre Alain Serres et Zaü, et de façon certaine une conférence de Beatrice Michielsen sur Françoise le 15 janvier. Elle a assuré le commissariat scientifique de cette partie et nous a apporté de nombreux éclairages et donné son avis sur nos choix.

Concernant le livre d’or, il y a beaucoup de retours sur la partie Zaü. Beaucoup de visiteurs font des retours sur Françoise et Lise Le Cœur par mails ou oralement, juste après leur parcours. Beaucoup les découvrent et nombreux sont ceux à être amoureux des dessins rétros de Françoise !


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « Visite à l’atelier. Hommage aux donateurs : Zaü, Lise Le Coeur et Françoise », dans L’Exporateur littéraire, Jan 2022.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/entretien/visitealetelier/, page consultée le 14/08/2022.