Entretiens

31/01/2022

Sans fin la fête, 1963-1983, les années pop de l’illustration. Rencontre avec Loïc Boyer

Bibliothèque municipale de Lyon

L’exposition Sans fin la fête, qui se tient à la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon du 18 janvier jusqu’au 25 juin, offre au visiteur un voyage dans les années pop et psychédéliques de l’édition jeunesse française, des années 1960 à 1980. L’occasion de (re)découvrir le talent d’illustrateurs qui ont révolutionné le monde du livre pour enfants avec le soutien des éditeurs pionniers Harlin Quist et François Ruy-Vidal. Rencontre avec Loïc Boyer, auteur de l’ouvrage Les images Livres aux éditions MeMo et co-commissaire de l’exposition.

Commissariat : Loïc Boyer & Violaine Kanmacher

 

Laurence Le Guen Quelle est donc la finalité de cette exposition patrimoniale haute en couleur ?

Loïc Boyer Nous avons voulu présenter cette génération d’illustrateurs issus des six coins de l’hexagone qui revitalisa l’album pour enfants dans la seconde moitié des années 60 et répandit son influence sur toute une édition française pour la jeunesse, un peu affaiblie après la guerre. Aujourd’hui encore le livre pour enfants bénéficie de leurs apports. Sans fin la fête présente le travail de Nicole Claveloux, Étienne Delessert, Henri Galeron, Claude Lapointe ou encore Agnès Rosenstiehl.

 

 

LLG Vous publiez la monographie Les images libres aux éditions MeMo et vous assurez simultanément le commissariat de l’exposition Sans fin la fête. Quel est le lien entre les deux ?

LB  J’ai d’abord conçu le livre, qui n’est pas un catalogue. Il sera en vente dans un distributeur placé dans le hall. En tant que designer graphique et enseignant en art du design, j’interviens régulièrement pour parler illustration jeunesse dans des colloques et c’est à l’occasion d’une conférence sur les rééditions du patrimoine jeunesse qu’est née l’idée d’une possible collaboration avec Violaine Kanmachen, responsable du département jeunesse de la bibliothèque de Lyon.

 

LLG Dans quel espace se déploie cette exposition ?

LB La bibliothèque de la Part-Dieu a été inaugurée en 1974 et elle était à l’époque la deuxième plus grande bibliothèque du monde. Elle est typique de l’architecture de cette époque avec ces grands espaces d’exposition, ces murs de béton. Sans fin la fête se déploie sur deux salles dont l’une comporte une mezzanine. L’exposition se décline en trois thèmes : « Une nouvelle génération d’illustrateurs », « Du côté des éditeurs », « Un long voyage ». Dans la partie sur les illustrateurs, nous présentons des originaux et livres publiés par Harlin Quist et François Ruy-Vidal. Un espace est également dédié à la presse de l’époque avec un focus sur le magazine Okapi et de nombreuses affiches. Dans la mezzanine, les vitrines mettent l’accent sur les formes, les graphismes et accueillent des couvertures d’ouvrages très iconoclastes. Nous avons également montré comment d’autres éditeurs ont été influencés par ces réalisations. Nous présentons aussi des pochettes de disque réalisés pour les labels Chevance et le Chant du monde. La dernière partie de l’exposition est consacrée aux allers-retours de ces illustrateurs entre New York et Paris pour accompagner Harlin Quist dans ses voyages transatlantiques. Ils y ont découvert les travaux du fameux Push Pin Studios, collectif d’illustrateurs New Yorkais.

 

LLG D’où viennent les pièces présentées ici ? Avez-vous le regret de n’avoir pu en présenter certaines ?

LB De nombreux originaux viennent du don que l’éditeur Ruy-Vidal a fait au fonds de l’Heure Joyeuse , le musée de l’illustration jeunesse de Moulins a également prêté des pièces, ainsi que la bibliothèque de Lyon. Il y a également de nombreuses publications tirées de ma collection personnelle. J’aurais voulu exposer sur six étages ! Je découvre encore des publications liées à cette période, et tout récemment un catalogue de l’enseigne des Nouvelles Galeries qui date des années 70. Mais on ne peut pas tout mettre.

 

 

LLG Comment les livres sont-ils présentés ?

LB Ils sont souvent dans des vitrines, ou encadrées aux murs. Le Alice au pays des merveilles de Nicole Claveloux est dans un bac pour les enfants comme Les revues Okapis. Dans la mezzanine, il y a plusieurs lignes d’albums dont on montre les couvertures et pages de garde, souvent très travaillées.  Il y a aussi une ligne avec des pages de titres, sous vitrine, une autre de double-pages qui montrent la pertinence des rapports texte-images.

 

LLG – Sans fin la fête est essentiellement une exposition dédiée à la littérature jeunesse. Comment tenez-vous compte de vos plus jeunes visiteurs ?

LB Violaine Kanmacher a conçu un parcours pour les enfants qui sont invités à suivre le personnage de Grabote créé par Nicole Claveloux. Deux textes se superposent, le texte adulte et le texte enfant, plus simple. Ils peuvent s’installer dans un espace-lecture, écouter des histoires lues par le personnel de la bibliothèque. La fausse platine de disque permet également d’entendre une compilation de chansons de l’époque. Ils peuvent s’installer dans un igloo de cubes pour découvrir les images projetées des contes de Ionesco illustres par Delessert. Ils pourront aussi assister au spectacle sonore et musical Les aventures de Dolores Wilson. Il y aura également des ateliers créatifs animés par deux collectifs d’illustrateurs.

 

LLG Proposerez-vous des conférences ou animations plus particulièrement destinés aux adultes curieux ?  

LB Il y aura tous les samedis des visites express pour tout public, animées par les gens du département jeunesse, et un samedi sur deux une visite commissaire d’une heure. La journée professionnelle Il n’y a pas d’art pour les enfants, le 11 février accueillera Christine Morault des éditions MeMo, Sylvain Quément des éditions discographiques Minus , Viviane Ezratty et Hélène Valotteau de l’Heure Joyeuse, et Nathalie Beau, fondatrice d’une des premières librairies jeunesse La Bouquinette à Strasbourg.

Sans fin la fête se prolonge sur deux sites : à la Médiathèque du Bachut, avec une exposition dédiée au seul conte pour enfants de Marguerite Duras, Ah ! Ernesto, illustré par les images très psychédéliques de Bernard Bonhomme. On peut y découvrir cette séquence filmée de Marguerite Duras discutant avec un jeune garçon nommé François. La médiathèque de Vaise accueille une installation d’affiches et documents patrimoniaux de Nicole Claveloux. Au silo 15 de la bibliothèque de la Part-Dieu, on pourra aussi découvrir un Cabinet de curiosités du fonds d’illustration jeunesse. L’exposition est également à retrouver en ligne.

 

Interview des commissaires 

 


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « Sans fin la fête, 1963-1983, les années pop de l’illustration. Rencontre avec Loïc Boyer », dans L’Exporateur littéraire, Jan 2022.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/entretien/sans-fin-la-fete-1963-1983-les-annees-pop-de-lillustration-rencontre-avec-loic-boyer/, page consultée le 18/08/2022.