Entretiens

23/09/2021

Le Père Castor s’expose

Galerie Gallimard

Entretien avec Anne-Catherine Faucher, présidente de l’association des amis du Père castor, et Bénédicte Roux, directrice littéraire du Père Castor, pour l’exposition patrimoniale Père Castor, Histoires d’hier et d’aujourd’hui, dont le commissariat a été assuré par Christel Chassagnol.

Michka, Poulerousse, Roule Galette, La plus mignonne des petites souris…, la Galerie Gallimard, rue de l’université à Paris, accueille originaux, albums anciens et nouveaux titres édités par le Père Castor /Flammarion, qui fête aujourd’hui ses 90 ans.

 

Laurence Le Guen Comment le Père Castor est-il arrivé à la Galerie Gallimard ?

Anne-Catherine Faucher Cette galerie expose des illustrations, propose des images. Il a fallu faire un choix parmi les originaux que nous possédons. On retrouve ceux Nathalie Parain pour Bonjour bonsoir (1934), Hélène Guertik qui a illustré des albums à colorier (1935), Étienne Morel pour La plus mignonne des petites souris (1953) et Poule rousse (1956) et un livre de Lucie Butel commencé à l’époque de Paul Faucher mais publié seulement en 1968, La grande panthère noire, dont la couverture est utilisée pour l’affiche de l’exposition. Il y a aussi La vache orange de la même illustratrice et puis Apoutsiak de Paul-Émile Victor

23 m2 sont consacrés à la partie patrimoniale et le reste de l’espace aux illustrateurs d’aujourd’hui. Il y a Olivier Tallec pour Grand Loup & petit loup, Sébastien Pelon pour La Befana, Charlotte Gastaut pour Les cygnes sauvages, Pauline Kalioujny qui a illustré une nouvelle version de Baba Yaga, premier conte édité par le Père Castor en 1932 et illustré alors par Nathalie Parain. On retrouve aussi le travail de Thomas Bass, Djohr, Donatien Mary.

Bénédicte Roux  L’équipe de Flammarion a conçu l’exposition, choisi les originaux et les ouvrages à mettre en avant dans les éditions anciennes et nouvelles. Nous avons été partie prenante dans la mise en scène, la scénographie. Cette exposition est un temps fort de l’année de commémorations des 90 ans du Père Castor.

LLG On ne voit pas du tout de documents d’archives ? Quel lien entretient cette exposition avec celle qui s’est tenue à la médiathèque Jacques Demy de Nantes en 2019 ? http://www.litteraturesmodesdemploi.org/carnet/la-fabrique-du-pere-castor-1931-1967-paul-faucher-editeur-davant-garde/

ACF Dans la partie patrimoniale de cette nouvelle exposition, il y a une vitrine qui présente des albums qu’on connait tous : Roule Galette, Le petit poisson d’or, des Rojankowsky, des Rojan, une vitrine avec L’imagier du Père Castor, sous ses différentes formes et une vitrine avec les livres d’activité

Cette exposition n’a rien à voir avec l’exposition présentée à la médiathèque Jacques Demy. Il y avait un fil conducteur par thème, l’aventure de l’album pour enfants, la déclaration de principes. Ces éléments sont néanmoins mentionnés sur la plaquette qui est donnée aux visiteurs. Ici, c’est une galerie et vous trouverez des œuvres, livres ou planches, exposés. En matière d’écrits, le visiteur peut prendre connaissance de quelques citations sur les murs et les petits cartels qui donnent les noms des auteurs-illustrateurs des albums.

BR – Il peut également lire les textes dans les trois vitrines qui présentent chacune les premiers ouvrages d’activité et leur apport révolutionnaire, l’Imagier du Père Castor, premier imagier de l’édition jeunesse, et enfin l’histoire des premiers albums, l’importance de leur format, du rapport texte-image. La galerie est une un lieu d’exposition et de vente. Nous y trouvons donc des originaux et des éditions originales de tous les premiers ouvrages, mais pas de documents d’archives, ni de lettres.

LLG Comment s’est fait le choix des pièces à présenter ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

ACF Il a fallu 9 mois pour concevoir et réaliser cette exposition. Nous avons d’abord établi des listes de ce que nous possédions et choisi le nombre d’illustrations par illustrateurs en fonction de l’espace. Il n’en fallait pas plus de six pour chacun. Nous avons dessiné des plans, en veillant à ce que l’éclairage ne soit pas trop fort dans la galerie, pour ne pas abimer les originaux. La médiathèque du Père Castor a fourni de nombreux documents et les premiers exemplaires des livres. Le directeur artistique de Flammarion, David Lafforgue a encadré lui-même des originaux !

BR De nombreux documents, comme les originaux de Nathalie Parain, sont très fragiles. Les éditions originales de certains livres le sont également et certaines pages peuvent se détacher. La difficulté était celle-là, comme dans toute exposition d’éléments anciens. Le visiteur chemine parmi des ouvrages anciens, ceux que nous avons encore, en redécouvrant les ouvrages de fiction et les livres d’activité, originalité de la maison en 1932. Le cheminement le mène ensuite à notre catalogue d’aujourd’hui, dans lequel les anciens titres figurent toujours. On voulait montrer comment des auteurs-illustrateurs contemporains rentrent dans ce catalogue emblématique et historique. Le choix a été un peu technique, d’ailleurs. Nous voulions exposer des originaux. Or, aujourd’hui, beaucoup d’illustrateurs travaillent en numérique. Le choix était restreint de ce fait. Nous avons voulu également montrer différentes factures, avec des artistes très connus et d’autres moins célèbres. Donatien Mary, par exemple, s’inscrit complètement dans la ligne éditoriale du Père Castor. Il replonge dans les ouvrages qui l’ont bercé enfant et respecte la ligne graphique de tous ces albums. Ces ouvrages, les uns à la suite des autres, forment une vraie continuité, avec toujours le souci de l’enfant au centre.

LLG Quels visiteurs attendez-vous, et quelles réactions avez-vous déjà enregistrées ?

ACF Depuis une semaine, nous recevons tous les publics, des visiteurs attirés par les albums en vitrines, des personnes âgées ou des très jeunes, qui reconnaissent les albums. C’est un quartier plein de promenades et les gens entrent en se promenant.

BR Nous avons choisi de présenter quatre originaux et titres emblématiques dès l’entrée, sur un mur clin d’œil, des ouvrages que tout le monde connaît, a lu à ses enfants ou a lu enfant, et qui ne sont pas obligatoirement les premiers ouvrages édités par le Père castor : La plus mignonne des petites souris, La grande panthère noire, La vache orange et Poulerousse. Les visiteurs sont vraiment attirés par leurs souvenirs d’enfance. Pour le reste de la visite, nous avons hésité entre le cheminement chronologique et les images d’accroche, et c’est ce choix que nous avons finalement retenu, de même que pour le choix de notre visuel, celui de La grande panthère noire, qui date seulement de 1968. C’est un visuel extrêmement fort, avec cette panthère aux beaux yeux verts.

LLG L’exposition est-elle prolongée par un catalogue, des temps d’animation ?

ACF Nous allons proposer d’organiser des visites guidées pour présenter l’histoire de cette aventure du Père Castor.

BR Il y a également des originaux d’ouvrages contemporains en vente et les dossiers de presse constituent eux-mêmes une documentation. La galerie est également librairie et les visiteurs peuvent repartir avec un ouvrage. Les signatures sont organisées le samedi et nous prévoyons de nouvelles dates.

LLG Que va devenir l’exposition après le 13 novembre ?

ACF Elle a lieu du 10 septembre au 13 novembre. Ensuite les originaux retournent aux archives.

BR Les originaux non vendus vont repartir chez les illustrateurs. L’exposition est imaginée pour ce lieu-là. Nous arriverions vraiment sur des difficultés plus importantes si nous faisions tourner des originaux.

LLG Parlons de l’association des Amis du Père Castor. https://www.amisduperecastor.com/la-vie-de-l-association/

ACF Elle existe depuis 1996. Elle a été créée par François Faucher, fils de Paul Faucher et mon père. Au début, l’association a publié des anciens albums en les photogravant et en les recomposant. L’association était assez active pour créer une maison du Père Castor, qui aurait réuni toutes les archives de Paul Faucher de 1928 à 1967. Nous avons donc créé une médiathèque près de Meuzac. En 2006, la médiathèque a vu le jour avec une salle qui constitue le lieu de conservation des archives, une salle de prêts, pour les gens de la région, une salle de contes, un labyrinthe arborisé et des animations pour les écoles de la région. L’association continue à vivre. Elle fait aujourd’hui connaître les premiers albums avant-gardistes. On participe à des salons, on en organise, ainsi que des conférences. Depuis que je suis présidente, je fais éditer de vrais fac-similés, sur un papier moins jaune.

 


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « Le Père Castor s’expose », dans L’Exporateur littéraire, Sep 2021.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/entretien/le-pere-castor-sexpose/, page consultée le 01/12/2021.