Entretiens

A hauteur de bébé. Chemine parmi les livres avec Lucie Félix. Entretien avec Hélène Valotteau, commissaire de l’exposition.

Médiathèque Françoise Sagan (Paris)

Depuis le 9 novembre 2023 et jusqu’au 25 février 2024, la médiathèque Françoise Sagan à Paris accueille l’exposition-installation A hauteur de bébé. Chemine parmi les livres avec Lucie Félix destinée aux grands lecteurs qui s’intéressent aux livres pour bébés et  à leur histoire ainsi qu’aux tout-petits avec une installation conçue à leur hauteur et pour leurs petites mains.

Laurence Le Guen Pourriez-vous nous expliquer quand et comment est né ce projet d’exposition pour les très jeunes lecteurs ?

Hélène Valotteau Le projet remonte à 2019. Nous savions que nous avions envie de travailler autour de la toute petite enfance pour l’exposition 2023. Nous avons été nourris par des journées d’étude sur la lecture aux tout-petits, des rencontres avec des auteurs comme Claire Dé, par la recherche autour des expositions de la littérature jeunesse et nos propres questionnements autour des questions des postures de lecture.

Nous voulions nous adresser aux tout-petits avec des objets manipulables par leurs petites mains, des accrochages à leur hauteur. C’est un vrai défi d’exposer pour les bébés dans les médiathèques parce que les cimaises ne sont pas fixées à trente centimètres du sol. Nous voulions aussi mettre en avant la création contemporaine. Nous avons demandé à Lucie Félix d’intervenir dans un comité petite enfance, organisation qui relie les trois bibliothèques d’arrondissement, les lecteurs de l’association Lire et des professionnels de la petite enfance que nous accompagnons déjà lors de séances de formation.

Lors du lancement du projet, Lucie était en Angleterre, en pleine période de Brexit. La crise covid a encore ralenti l’avancée du projet, qui a été travaillé par visioconférence. Nous lui avons  ensuite proposé de s’immerger dans le fonds des Trois Ourses, déposé auprès de notre fonds patrimonial. Le projet a donc évolué en résidence d’artiste, dont l’aboutissement serait l’exposition. Malheureusement nous n’avons pas obtenu les financements pour la résidence et il a fallu de nouveau le retravailler, trouver d’autres partenaires. L’adn de départ est tout de même resté le même. Ce projet fait converger les  interrogations des professionnels de la petite enfance sur les postures et la spatialisation de la lecture, la production d’artistes contemporains comme celles d’Hervé Tullet, Claire Dé, Lucie Félix, ainsi que la mise en valeur de notre fonds patrimonial.

LLG Qu’avez-vous fait émerger des collections patrimoniales sur la question du bébé en littérature jeunesse ?

HV Quand on prend la thématique bébé, on peut explorer les questions de « qui est bébé », « comment bébé est-il représenté », « quel objet lui donne-t-on à lire », etc… Cela permet de tirer plein de points forts des collections patrimoniales. On présente ainsi des abécédaires ou des imagiers pour l’enfant de moins de six ans, des livres en tissu pour aborder la question de la matérialité, et même les modes de garde en collectivité grâce à des ouvrages soviétiques.

LLG Comment avez vous élaboré votre scénographie ?

HV L’exposition s’appelle A hauteur de bébé. Chemine parmi les livres avec Lucie Félix. L’idée du chemin est prégnante. Dans l’espace bébé, il y a même des petits pas japonais qui invitent l’enfant à cheminer. Mais le chemin de la découverte commence par le patrimoine, avec les six vitrines colonne et une vitrine table. Elles se répondent les unes aux autres mais sont thématiques : Qui est bébé ? Quelles sont ses représentations à travers les âges ?  Quelle est la matérialité du livre de bébé ? Quel est l’apport des Trois Ourses sur le sujet ?  Quelles sont les grandes figures artistiques qui ont fait évoluer le livre et inspiré Lucie Félix ? Et enfin quelle est l’œuvre de Lucie Félix ?

Des panneaux de texte assez légers sont intercalés entre les vitrines. Il y a enfin l’espace pour les bébés dans lequel on circule en chaussettes avec de objets à toucher, à manipuler, des livres à lire, une cabane pour se cacher et trois petites vitrines, comme des boîtes à trésor, qui sont illuminées et qui sont de mini-expositions pour les bébés.

Lucie a créé les éléments mobiles, l’habillage graphique, les jeux de couleur. Elle a conçu le cheminement, les ilots, la cabane, les objets, les archi-bidules. Nous avons collaboré ensuite sur l’aménagement de l’espace.

LLG Comment se comportent les bébés dans cet espace ?

HV Certains bébés ont visité l’exposition à quatre pattes et reviennent quelques mois plus tard en marchant et en sachant où prendre appui. Nous avons en amont beaucoup travaillé le volet sécuritaire. Il a fallu anticiper  le comportement des enfants, cacher les prises, arrondir les angles, ajouter un lino moins froid que le béton, choisir des bois et vernis avec la norme bébé. Nous n’avions juste pas anticipé les hurlements d’enfants qui ne veulent pas quitter l’exposition. Lucie a développé des petits chemins et un jeu de petits pas en lino qui les invitent à retourner progressivement au vestiaire.

Lors des  périodes d’affluence, l’heure de la sortie d’école jusqu’à 18 h 30 et le week, deux personnes de la médiathèque sont présentes, l’une côté médiation adulte de l’exposition et gestion des poussettes et l’autre côté exposition au sol pour faire découvrir les jeux et s’assurer de la sécurité.

LLG Et si c’était à refaire ?

HV Il y a toujours des choses à améliorer.  Nous avons conçu cette exposition en fonction de notre espace, certes limité, mais que nous ne pouvons pas changer. Idéalement il aurait fallu un espace pour prendre le goûter, un espace plus large pour accueillir les poussettes. L’ouverture sur le jardin est cependant un atout et l’ensoleillement des dernières semaines a offert de beaux moments d’ateliers de jeux de lumière. Je pense que lorsque cette exposition va disparaître, les parents vont se poser des questions parce que beaucoup la conçoivent comme un espace d’animation qu’ils voudraient pérenne.

L’exposition va avoir une seconde vie, dans une logique éco-reponsable. Des modules vont tourner dans les PMI et dans des bibliothèques pour la jeunesse. Quelques structures vont être repensées pour avoir une vie plus solide, plus longue.

LLG Comment l’exposition trouve-t-elle des prolongements ?

HV Une action culturelle accompagne toutes nos expositions patrimoniales. Il y a eu un cycle de conférences en partenariat avec l’agence Quand les livres relient plutôt à destination des adultes autour du travail de Lucie Félix. La prochaine s’intéresse aux liens entre arts et sciences et à comment la recherche nourrit la création. Une autre questionne les rapports textes images, une autre revient sur la place du corps dans la lecture.  Cécile Boulaire a présenté un panorama historique à partir de son exploration de notre fonds. Il est disponible en ligne. Nous avons également organisé une rencontre  avec Brigitte Morel, éditrice des éditions des Grandes personnes et Lucie Félix le 22 novembre. Il y a eu aussi des ateliers animés par Lucie elle-même.

Les autres salles de la médiathèque, reliées par un cheminement rouge au sol, accueillent d’autres vitrines avec des livres à toucher et à manipuler, des hochets de designers, des portraits photographiques de bébés de différents endroits du monde, un focus sur la sphère intime avec des livres d’artistes et des journaux de bébé, mais aussi des jeux d’archi-bidules à bascule.  Nous exposons également, sorte de petit clin d’œil comique juste avant la salle patrimoniale, des originaux de Qu’est-ce qu’un enfant de Nicole Claveloux,


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « A hauteur de bébé. Chemine parmi les livres avec Lucie Félix. Entretien avec Hélène Valotteau, commissaire de l’exposition. », dans L’Exporateur littéraire, Jul 2024.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/entretien/a-hauteur-de-bebe-chemine-parmi-les-livres-avec-lucie-felix-entretien-avec-helene-valotteau/, page consultée le 18/07/2024.