Carnet de visites

12/02/2020

Israels. Portraits of Israel in tourist guidebooks and photo albums of Israel

Université Bar-Ilan (Tel Aviv, Israël) Commissaire(s): Efrat Fridenzon-Harison et Zvi Orgad

 

Israels. Portraits of Israel in tourist guidebooks and photo albums of Israel prolonge, en ligne, l’exposition qui s’était tenue au sein des murs de l’Université de Bar-Ilan (Tel Aviv) du 12 février au 3 mai 2020. Elle s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherches de trois ans dédiés aux représentations d’Israël au travers des guides touristiques francophones depuis 1948 et mené par Galia Yanoshevsky, professeur au département de culture française de l’université de Bar-Ilan. Cette exposition fut lancée simultanément à un colloque international sur les discours et matérialités du tourisme qui s’était également déroulé dans la même université, du 12 au 14 février 2020.

L’exposition, uniquement disponible en anglais et en hébreu, reprend le contenu des différents panneaux présentés lors de sa version matérielle. Elle se divise en six parties : (1) Portrait, (2) Land of many names, (3) Nature and army, (4) Tourist guidebooks and forms of settlement, (5) Israel on a timeline et (6) On a map. Chacune d’entre elles donne un aperçu d’Israël par le prisme des guides touristiques, des albums photographiques et autres portraits de pays dédiés à cet état récent – sa création remontant à 1948 – mais dont l’histoire traverse les siècles. Les ouvrages concernés sont majoritairement en langue française, anglaise ou hébraïque, ou, plus sporadiquement, dans d’autres langues comme l’allemand.

La première partie, Portrait, évoque les relations entre le portrait photographique – et de manière plus générale, l’être humain qu’il met en scène – et le pays, le territoire occupé par celui-ci. Le portrait peut incarner, de manière allégorique ou symbolique, la nation, tel Marianne pour la France. Chaque visage mis en série représente également une facette de la diversité d’un pays. Cette partie s’attarde donc sur les différentes composantes de l’état d’Israël : ses habitants, ses enfants, ses Olim – nom donné aux immigrants juifs venus des quatre coins du monde – ses différentes ethnies (dont la palestinienne) et les divers groupes constituant sa société.

Land of many names, seconde partie de cette exposition, montre l’importance du nom dans la désignation d’un territoire mais aussi dans sa légitimation. Le territoire est à la fois construction sociale, politique, historique voire religieuse. Ainsi, si Israël reste la principale désignation du pays, on retrouve également les termes de « Terre Sainte » ou de « Terre de la Bible » évoquant l’attachement de ce territoire aux trois religions monothéistes. Eretz Yisrael, pour sa part, suggère la patrie, le berceau, le foyer du peuple juif. Quant au terme de Palestine, il renvoie à cette terre partagée entre deux peuples, dont le nom était presque disparu en 1948 avant de ressurgir lors de l’Intifada. Il rappelle que la question territoriale peut aussi être une source de conflits et un sujet toujours sensible à l’heure actuelle mais qui n’est pas ignoré de l’exposition.

Plus étonnante est la partie intitulée Nature and army. Si ces deux notions semblent contradictoires, plusieurs liens les relient entre elles. Par exemple, la branche d’olivier qui se retrouve sur le blason des Forces de Défense Israélienne (IDF) symbolise autant la nature et la paix que l’esprit de préparation, les réserves d’urgence et la bravoure au combat. Cette partie évoque les guerres (Guerre d’Indépendance, Guerre des Six Jours, etc.) comme conquête de territoire, mais aussi les conquêtes agricoles comme victoire sur le désert et la découverte territoriale par le tourisme local. L’ancienne forteresse de Massada fait également le lien entre un passé militaire et un présent où la ruine se fond dans le paysage. Cette partie montre l’importance du territoire dans le processus de légitimation d’un état. Enfin, la protection de la nature s’inclut dans ce rapprochement des contraires.

À ce propos, la partie suivante, Tourist Guidebooks and forms of settlement, montre l’omniprésence des contrastes en Israël. Chaque ville, chaque région est vantée par les guides en fonction de ses attraits. Tel Aviv, ville libérale, cosmopolite, capitale de la mode et de la gastronomie, contraste avec la religieuse Jérusalem fractionnée entre communautés et baignée de traditions ancestrales. Les kibboutzim – nom que portent les colonies juives – essayent, quant à eux, de réaliser l’idéal socialiste. La vie y est communautaire et la propriété appartient à tous les membres. Ceux-ci ont longtemps constitué des pôles d’attraction pour les touristes souhaitant contempler l’effort sioniste en action.

Les deux dernières parties, Israel on a timeline et On the map, montrent respectivement le pays de manière chronologique et géographique. La première citée insiste notamment sur la double chronologie d’Israël. L’une commençant avec la création officielle de l’état, en 1948, montre son développement et sa vision à travers les guides jusqu’à nos jours (des premières années de la fondation en passant par des périodes de fierté mais aussi de troubles), l’autre remonte à ses lointaines origines bibliques et préhistoriques. La seconde de ces parties est dédiée aux cartes géographiques et se consacre aux différentes façons dont elles représentent l’état d’Israël. Elle explique notamment la fonction à la fois pratique des cartes, dont celle d’aider le touriste dans ses pérégrinations, mais aussi leur caractère symbolique qui fait transparaître l’histoire, la culture et l’évolution politique du pays.

Concernant les aspects pratiques de l’exposition, la navigation entre les différentes parties s’effectue facilement, à l’aide du menu et des liens sous chaque texte. La présentation reprend l’image des panneaux de l’exposition qui s’est tenue à Bar-Ilan mais les textes sont retranscrits afin d’en faciliter la lecture. Un zoom permet de mieux découvrir ces panneaux et leurs images. Le focus pour la partie dédiée aux cartes est d’ailleurs plus important, ce qui aide à mieux se pencher sur les détails de celles-ci.

Outre l’exposition en tant que telle, le site sur lequel elle est disponible comprend également une section Photos qui affiche des photographies de l’exposition physique et de son inauguration mais aussi un intéressant making of autour de sa réalisation. Une section Média contient des recensions de presse liées à l’exposition et des extraits vidéos à son sujet. Enfin, sur la page d’accueil, un appel est également lancé aux personnes possédant d’éventuels ouvrages en lien avec Israël afin qu’elles se manifestent auprès des créateurs de l’exposition pour les aider dans leurs recherches.

La version en ligne d’Israels. Portraits of Israel in tourist guidebooks and photo albums of Israel constitue une bonne manière de poursuivre une exposition physique terminée mais aussi de lui donner plus de visibilité et de présence. Elle permet de découvrir ou de redécouvrir ce pays à l’histoire complexe et toujours en quête de légitimation par le prisme des portraits de pays, guides touristiques et autres albums photographiques qui lui sont dédiés.

 

Quentin Nerinckx

KU Leuven – MDRN

 


Pour citer cet article:

Quentin Nerinckx, « Israels. Portraits of Israel in tourist guidebooks and photo albums of Israel », dans L'Exporateur. Carnet de visites, Feb 2020.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/carnet/israels-portraits-of-israel-in-tourist-guidebooks-and-photo-albums-of-israel/, page consultée le 29/11/2021.