Carnet de visites

01/03/2026

Collectionner l’image

Centre de la Gravure et de l’Image imprimée (La Louvière) Commissaire(s): Ateliers du Texte et de l’Image, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

L’exposition « Collectionner l’image »  a posé ses tréteaux au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de La Louvière, après un passage à la Galerie Les Brasseurs à Liège.

Elle présente le fonds constitué par les Ateliers du Texte et de l’Image (sous l’impulsion de Michel Defourny) et une collection d’ouvrages d’auteur·rices et d’illustrateur·rices belges constituée depuis 2022. Itinérante, l’exposition est nourrie de quelques estampes du centre de la Gravure lui-même.

L’enjeu principal de l’exposition semble être de donner à voir, et de mettre en valeur ces auteur·rices et illustrateur·rices belges à travers une installation muséale d’une grande sobriété. Les pages, esquisses, travaux intermédiaires ou préparatoires des artistes sont ainsi présentés sur des planches assemblées en tréteaux en bois clair qui évoquent la table à dessin. Chaque pan est dédié à un·e ou deux auteur·rices / illustrateur·rices. Des rivets permettent de déposer les objets collectionnés et offrent au visiteur une version consultable de l’album en regard de la planche.

Les deux salles d’exposition sont dès lors habitées par ces espaces de découvertes. Entre les deux salles, et à la marge des espaces, des vitrines présentent également des ouvrages « venus d’ailleurs », en français ou en langue originale, des contes, des ouvrages patrimoniaux (en édition originale ou en réédition), des livres d’artistes, animés ou livres-objets et quelques ouvrages critiques.

Il en résulte une impression d’ensemble d’une grande sobriété, voire même d’équité. Les pièces exposées sont mises en valeur sans artifice et la visite ne suit pas un ordre imposé, permettant à chacun d’aller et de venir dans la découverte ou la redécouverte, voire la connivence avec les albums. Il n’y a pas d’auteur·rice / illustrateur·rice « phare », de période, de thématique prioritaire ou de technique privilégiée. En ce sens, chacun·e peut construire sa visite en tissant le fil de ses découvertes sans injonction particulière.

 

Une large place est également donnée aux supports, formats et techniques, états de l’image (esquisse, essai, travaux exploratoires, etc.) de sorte que l’exposition montre la vivacité d’une création plus protéiforme qu’il n’y parait. Le livre lui-même s’ouvre sur un espace de possibles élargi sans qu’il s’agisse là également d’un critère de classement.

Seule la distinction entre les œuvres belges, mises en lumière et objet premier de l’exposition, et les œuvres patrimoniales plus larges se manifeste dans la distinction spatiale. Au centre, les œuvres belges, en contrepoint, les vitrines. Sans questionner plus avant le choix opéré – et représentatif du fonds élaboré – on peut se réjouir de voir ainsi rendue visible une vivacité artistique collationnée tout en se demandant si elle doit ou non s’appuyer sur une nationalité. Mais l’interrogation n’est pas propre à cette exposition et la mise en évidence des auteur·rices / illustrateur·rices belges participe de cette difficile relation que la création en langue française de Belgique entretient avec son grand voisin, qui donne à voir – et à lire – dans un espace de production et de réception élargi. On saluera à tout le moins la richesse de la collection et l’émotion rendue possible par la sobriété susmentionnée.

L’absence d’espaces de lecture, par contre, interroge, comme si la valorisation et l’exposition des œuvres devait passer par une extraction de leur fonction ludique ou narrative au profit d’une priorisation esthétique légitimatrice. Ainsi, la socialisation des manières de lire, mise en évidence par Stéphane Bonnery (2022), trouve-t-elle ici, dans la consécration par l’exposition, une forme particulière de distinction. Quelques espaces de lecture à destination des adultes, mais également des enfants, un espace de réaction graphique ou textuelle aurait probablement permis de maintenir le lien entre les albums et leurs jeunes lecteurs·rices tout en les élevant au rang d’œuvre à voir dans un autre espace et selon d’autres modalités.

En définitive, l’exposition « Collectionner l’image » dit parfaitement ce qu’elle fait. Elle collectionne et propose au public de découvrir un patrimoine tout particulier, qui – comme tous les patrimoines – est constitué de retrouvailles avec des images aimées, de découvertes, et de fierté.

Catherine Deschepper

(Université libre de Bruxelles)


Pour citer cet article:

Catherine Deschepper, « Collectionner l’image », dans L'Exporateur. Carnet de visites, Mar 2026.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/carnet/collectionner-limage/, page consultée le 03/08/2026.