Carnet de visites

16/03/2021

Clic Clac la photographie dans la littérature pour la jeunesse, l’exposition en ligne

Médiathèque José Cabanis (Toulouse) Commissaire(s): Rosalis, l’équipe de la bibliothèque numérique patrimoniale de Toulouse

 

 

L’exposition « Clic Clac la photographie dans la littérature pour la jeunesse » est installée dans la médiathèque Jose Cabanis de Toulouse depuis le 16 mars 2021 et sera visible jusqu’au 19 septembre. Elle propose au visiteur de découvrir l’histoire et la diversité des productions francophones pour la jeunesse illustrées de photographies. Elle se double désormais d’une exposition en ligne Clic Clac – La photographie dans la littérature jeunesse (toulouse.fr) élaborée par Rosalis, l’équipe de la bibliothèque numérique patrimoniale de Toulouse.

Cette exposition numérique ne se veut pas le doublon de celle qui la précède dans la mesure où les treize vitrines thématiques de la médiathèque jeunesse sont condensées désormais en cinq chapitres et que des rubriques nouvelles viennent compléter des informations peut-être trop vite entraperçues lors d’une déambulation peut-être guidée par celle d’un jeune enfant. Sous le titre « Des imaginaires photographiques », on balaye d’abord très rapidement l’histoire de la photographie dans le livre pour enfants, en commençant par un Point de vue de Niepce (1927), jusqu’à l’imagier de Claire Dé, Imagine (2015), en prenant le temps de rappeler les réticences du public et de la critique à l’égard de ce que les concepteurs de l’exposition appellent « la photolittérature », faisant leur cette appellation, issue des recherches universitaires menée par exemple à l’université de Rennes 2.

Les sous-chapitres qui suivent collent aux différentes catégories du genre et proposent des focus sur quelques exemples de fictions narratives, comme le Sac à Tout de Séverine (1903), quelques novellisations, comme Crin Blanc d’Albert Lamorisse, des imagiers novateurs comme le Regarde ! d’Emmanuel Sougez, des ouvrages permettant de faire découvrir l’art photographique comme Album de Grégoire Solotareff et Gabriel Bauret (1995). Enfin une dernière rubrique dresse des ponts entre productions d’hier et celles d’aujourd’hui, à l’image du cyanotype Arrangements of Specimen d’Hyppolite Bayard (1842), dont on peut retrouver l’héritage, peut-être, dans les photogrammes des Traces de lumière d’Olivia Fryszowski (2003).

 

La rubrique « Paroles de photographes » met en avant cinq photographes-François Delebecque, Claire Dé, Suzi Pilet, Juliette Armagnac, Yveline Loiseur, Danièle Boucon-par le biais de témoignages enregistrées spécifiquement pour cette exposition, de citations ou de présentations de leurs ouvrages. Dans la rubrique « Des livres illustrés de photographies en ligne », on peut pénétrer, enfin, au cœur de sept ouvrages numérisés et mis à disposition par le musée de l’Elysée de Lausanne, le site Gallica de la BNF, ou la bibliothèque numérique nationale de la République Tchèque. On découvre ainsi Le radeau de Suzi Pilet et Alexis Peiry (1952), Tak Tak le teckel de Paulette Falconnet et Colyann, l’edition tchèque de Dášeňka de Carel Kapek (1936), Sac à Tout de Séverine (1903), Le testament d’un excentrique de Jules Verne (1895), les scènes enfantines de Dans les roseaux de Fredéric Boissonas, (1896) et l’Abécédaire du Maréchal Pétain (1943).

La rubrique « Ressources et médias » permet d’accéder à la liste des livres exposés à la médiathèque José Cabanis, à des catalogues d’autres expositions antérieures, à des travaux universitaires et à des sites de photographes comme Martine Camilieri, Severine Thévenet, Maria Jalibert. Elle donne également à réentendre la conférence « 150 ans de livres photo-illustrés » enregistrée dans l’auditorium le 12 avril et offre la possibilité de visionner des images prises sur les lieux de l’exposition. Enfin, un « espace pédagogique », réalisé en partenariat avec l’Inspe de Toulouse, est destiné à accompagner les enseignants des cycles 1, 2 et 3 dans la découverte de l’exposition « Clic clac, la photographie dans la littérature jeunesse ». On y trouve un rappel les Instructions Officielles édictées par le ministère de l’Education Nationale et des propositions d’activités à mettre en œuvre en classe.

La navigation entre les différents espaces est aisée et se fait par le menu en haut à gauche, des flèches sur le côté de l’écran ou la réglette à droite, des rappels de titres de chapitres en bas de l’écran. De nombreux mots mis en couleur contiennent un lien vers d’autres sites, ouverts dans un autre onglet, et il faut prendre garde à fermer ce lien pour revenir en arrière. On peut ainsi consulter le site dédié à l’histoire et à l’actualité de la photolittérature jeunesse, celui de l’éditeur MeMo pour découvrir ses grandes rééditions, ou encore ceux d’auteurs d’ouvrages photo-illustrés contemporains comme François Delebecque ou Claire Dé. D’autres mots clefs conduisent à des fiches biographiques d’artistes ayant marqué l’histoire du genre comme  Claude Cahun, Laure Albin-Guillot, Ergy Landau, Ylla et ses ouvrages animaliers ou encore à des interviews d’auteurs comme Christian Bruel expliquant dans un film produit par le CNDP les dessous de la fabrication de son livre Jéremie du bord de mer (1986).

Comme il se doit pour une exposition dédiée aux ouvrages illustrés de photographies, le lecteur peut visionner un grand nombre d’images, des couvertures de livres, encadrées par des textes explicatifs courts, synthétiques et faciles à comprendre, balayant 150 années de production francophone, avec parfois des incursions vers des ouvrages venus de l’étranger comme le Fotograferede Bornegrupper  du danois Hans Christian Andersen (1862), les « Histoires d’Amadou » des suisses Suzi Pilet et Alexis Peiry, ou ceux de l’américaine Tana Hoban. Ces pas de côté vers les productions étrangères nous laissent penser que des influences et des échanges avec les productions étrangères ont été possibles.

Toutes ces images sont autant de témoignages de la diversité des productions, des recherches des photographes et des éditeurs pour renouveler le livre pour enfants, de l’ancienneté du genre, de la filiation entre les anciens et les modernes au cours du temps, des motivations de certains régimes politiques pour promouvoir la photographie comme outil de formation des esprits des plus jeunes. Des vidéos, conçues pour l’exposition, approfondissent certaines thématiques, comme celle de l’histoire de cette photolittérature pour la jeunesse ou celle plus spécifique d’une catégorie de cette production, comme celle des imagiers.

Certains ouvrages, présents dans les vitrines de la médiathèque José Cabanis, manquent désormais à l’appel et notamment ceux de Robert Doisneau, 1,2,3,4,5 Compter en s’amusant et L’enfant et la colombe (1978), Le Chaperon rouge de Sarah Moon (1982) ou les Fa(r)ces d’Annette Messager (2003). On aurait aimé les retrouver et surtout plonger d’avantage au cœur des livres présentés afin d’observer le dispositif texte-image et les interactions entre le « visuel » et le « textuel »-seuls les livres de Claire Dé sont présentés en double-pages intérieures-, mais il est évident que des contraintes de droits et de coût de reproduction des images ont limité les possibilités des concepteurs de l’exposition. On regrette peut-être également que le point de vue des écrivains et celui des éditeurs militants du livre de photographies soient écartés. Le rapport à l’illustration photographique pour les uns et l’engagement ou les réticences des seconds est en effet une des raisons de l’histoire en dents de scie de cette production. On peut encore reprocher à l’exposition virtuelle son manque d’interactivité et de couleurs, alors que l’exposition visible à la médiathèque José Cabanis regorge de propositions d’activités pour les visiteurs et éblouit par sa déclinaison de couleurs propres à la région Occitanie. Sans doute cette exposition virtuelle s’adresse-t-elle d’avantage à des adultes soucieux de prendre le temps de lire et d’approfondir une première découverte.

Les deux expositions, par la diversité de leurs approches et la variété des livres présentés se complètent néanmoins habilement et dressent un vaste et riche panorama de ce pan de la production de la littérature jeunesse qu’il était temps de remettre dans la lumière.

 

Laurence Le Guen

Cellam, Université de Rennes 2


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « Clic Clac la photographie dans la littérature pour la jeunesse, l’exposition en ligne », dans L'Exporateur. Carnet de visites, Mar 2021.
URL : https://www.litteraturesmodesdemploi.org/carnet/clic-clac-la-photographie-dans-la-litterature-pour-la-jeunesse-lexposition-en-ligne/, page consultée le 07/12/2021.