Entretiens

13/09/2021

Une bibliothèque photographique. 40 femmes à livre ouvert. Entretien avec Gérald Vidamment

Espace Andrée Chedid (Issy les Moulineaux)

L’exposition Une bibliothèque photographique. 40 femmes à livre ouvert, qui se tient à L’espace Andrée Chedid d’Issy les Moulineaux du 6 au 30 septembre, présente la première exposition en France de livres de photographie entièrement consacrée au travail des femmes photographes. Entretien avec Gérald Vidamment, Président de l’association HiP et co-commissaire de l’exposition.

Commissariat : Gérald Vidamment et Laurent Lavergne

 

Laurence Le Guen Qui est à l’initiative de cette exposition ?

Gérald Vidamment L’exposition a été conçue et réalisée par l’association HIP, contraction d’histoire et de photographie, en partenariat avec l’espace Andrée Chedid et la mairie d’Issy les Moulineaux. La mission principale de l’association HIP  est la promotion de la photographie sous toutes ses formes mais surtout du livre de photographie francophone. L’association organise tout au long de l’année de nombreuses expositions et rencontres autour du livre de photographie, en partenariat avec de prestigieux événements parmi lesquels le Salon de la Photo à Paris et la Foire Internationale de la Photographie à Bièvre. Nous organisons également chaque année les prix Hip du livre de photographie francophone.

Nous avons fait le constat qu’il existe très peu de prix récompensant des livres photographiques en France. À mon sens il y en a trois : le prix Nadar, qui récompense un seul livre chaque année, un autre prix à Arles qui est plutôt international, et Paris Photo. Le monde francophone n’est quasi pas représenté alors qu’il y a une production conséquente et diverse. Les prix HiP du livre francophone comportent plusieurs catégories dont celle du Livre de l’année, les sections Cultures et voyage, Nature et environnement, Reportage et Histoire, Livre jeunesse, Société, Monographie artistique et Histoire de la photographie. Le livre autoédité, dont le développement est croissant depuis quelques années, ainsi que le Premier livre figurent également au palmarès.

L’année dernière, l’exposition Les Prix HiP, une exposition à livre ouvert présentait les livres lauréats des prix HIP et cette année nous accueillons des livres réalisés par des femmes photographes.

LLG Comment s’organise votre découpage scénographique ?

GV Nous présentons une cinquantaine d’ouvrages sur trois lieux, dont un espace consacré aux livres pour la jeunesse, où l’on pourra retrouver les livres de Marie-Liesse et Nathalie Seroux, finaliste du Prix HiP 2020. L’exposition met en lumière le travail de 40 femmes photographes, qui n’ont de cesse d’interroger le monde à travers leurs images. Nous avons retenu des ouvrages de femmes photographes parmi les livres en compétition pour les prix, qu’elles soient candidates, finalistes ou lauréates des prix HIP des années précédentes. On retrouve ainsi le travail d’Alice Khol, Anne Leroy, Carolle Bénitah, Catherine Rombouts, Cécile Cuny, Céline Hameli, Charlotte Abramow, Sabine Weiss et beaucoup d’autres.

 

LLG Pourra-t-on y trouver des ouvrages de femmes qui ont marqué l’histoire de la photographie ?

GV Non, les livres sont sélectionnés dans nos prix et l’association n’a que trois ans. Nous avons fait une exception avec Afghan Dream, de Sandra Calligaro, car il colle à l’actualité et offre un témoignage photographique, poétique et journalistique sur les classes sociales afghanes. C’est un livre qui ne déforme pas la réalité mais qui témoigne de leur processus d’occidentalisation des classes moyennes.

Une histoire mondiale des femmes photographes de Luce Lebart et Marie Robert (Textuel), Femmes à l’œuvre, femmes à l’épreuve, de Clara Bouveresse (Actes Sud) et le catalogue d’une exposition qui a lieu il y a dix ans à Paris autour des femmes photographes permettent néanmoins de découvrir l’histoire des femmes photographes. Une bibliothèque photographique. 40 femmes à livre ouvert accueille le travail de femmes photographes très méritantes qu’il faut mettre en avant. On trouve notamment Jamais je ne t’oublierai, de Carolle Bénitah (L’Artière), lauréate Prix HiP 2020, Le Grand Jour, de Catherine Rombouts (Loco), une autre Lauréate Prix HiP 2020, On n’est pas des robots, Ouvrières et ouvriers de la logistique, de Cécile Cuny, Nathalie Mohadjer et Hortense Soichet (Créaphis éditions) ou encore pour les enfants Le jour où je serai grande, de Marie Liesse (Gallimard Jeunesse) ou Mon premier imagier photo, de Nathalie Seroux (La Martinière jeunesse), finaliste Prix HiP 2020 en jeunesse.

 

LLG Comment sont présentés les livres ? Le public peut-il les feuilleter ?

GV Les livres sont exposés au mur, fixés avec des plaques aimantées, sans subir la moindre altération, tels des œuvres d’art. Ils donnent ainsi l’impression d’être en suspension. On peut même les accrocher dans des coins, changer les pages chaque soir. Les spectateurs sont assez perturbés car l’exposition évolue et est dynamique. Certains ouvrages sont présentés deux fois, ouverts ou fermés. D’autres sont présentés sur des socles afin d’affirmer leur statut de véritables objets d’art. Le public ne feuillette pas le livre. On a aussi fabriqué des bibliothèques murales qui présentent le livre sur la couverture.

LLG Comment s’est opéré le choix des double-pages à montrer ? Peut-on-t-découvrir des dialogues texte-image ?

GV L’idée était d’avoir une cohérence, une harmonie d’ensemble. Ce sont plutôt des double-pages photographiques qui sont montrées. Une double-page avec du texte retient moins, il faut bien le dire, l’attention du public. On a cependant deux ou trois livres qui montrent du texte comme L’auberge d’Estelle Lagarde (La Manufacture de l’Image), qui fait correspondre ses images avec les textes de plusieurs auteurs. Ce ne sont absolument pas des légendes, mais des textes courts qui dialoguent avec l’image.

Sur les cartels de couleur, présents sous tous les livres, les spectateurs peuvent découvrir un court texte extrait des ouvrages, sans qu’il y ait de règle clairement établie quant à leur choix. Pour l’ouvrage La reine de la patate ou les cantines du détour (Loco) de Françoise Chadaillac par exemple, nous avons mis en avant les propos des producteurs de pommes de terre recueillis par la photographe lors de son reportage photographique.

LLG La présentation des ouvrages est-elle complétée par celle de tirages confiés par les photographes ?

GV Ils sont peu nombreux car ce n’est pas une exposition de tirages. Il y en a cinq grands qui sont des photos extraites des livres correspondants et leur choix s’est fait avec les photographes. Ils viennent en appui du livre et non pas l’inverse. Dans l’espace jeunesse, il y a également deux tirages de Marie-Liesse et huit de Nathalie Seroux en petits formats sur des panneaux.

 

LLG L‘exposition est-elle complétée par des ateliers ou conférences à destination du public ?

GV Un animateur intervient pour mener des ateliers autour du livre jeunesse afin de sensibiliser les plus jeunes à l’art photographique. Un livret avec des activités ludiques amènent les enfants à observer plus attentivement les images, en jouant. Le jeune public pourra également rencontrer la photographe Nathalie Seroux lors d’un atelier photo au centre de loisirs. L’année passée, ils avaient eu le plaisir de rencontrer Victoria Scoffier, auteure des textes du livre La Dispute (Les Arènes) Nous avons également conçu des ateliers poétiques, des ateliers de création à partir d’un livre, d’une image, d’une double page. Enfin, la table ronde Comment éditer et promouvoir son livre de photographie ? réunira plusieurs photographes présentes dans l’exposition à la mairie de Bièvres.

 

 


Pour citer cet article:

Laurence Le Guen, « Une bibliothèque photographique. 40 femmes à livre ouvert. Entretien avec Gérald Vidamment », dans L’Exporateur littéraire, Sep 2021.
URL : http://www.litteraturesmodesdemploi.org/entretien/une-bibliotheque-photographique-40-femmes-a-livre-ouvert-entretien-avec-gerald-vidamment/, page consultée le 23/10/2021.