Carnet de visites

06/12/2017

Jack London dans les mers du Sud (Marseille)

Centre de la Vieille Charité Commissaire(s): Marianne Pourtal Sourrieu, Michel Viotte

 

Jack London dans les mers du Sud, Centre de la Vieille Charité (Marseille), 8 septembre 2017-7 janvier 2018

 

Conçue comme une « invitation au voyage », l’exposition consacrée à Jack London par la Vieille Charité à Marseille embarque les visiteurs sur les traces de l’écrivain-aventurier américain dans les îles du Pacifique Sud, dans un accrochage immersif faisant la part belle aux photographies et aux objets ethnographiques.

« J’aimerais mieux être un météore superbe, et que chacun de mes atomes brille d’un magnifique éclat, plutôt qu’une planète endormie » : mise en exergue dans le dossier de presse où elle se surimprime à un beau portrait photographique de l’aventurier aux yeux clairs, cette citation de Jack London informe clairement la vision que les commissaires ont choisi de donner de l’auteur. Plus qu’à l’écrivain, c’est en effet à l’inlassable aventurier et surtout à son incroyable périple qu’ils s’intéressent ici.

 

Jack London au sextant

De fait, l’exposition est consacrée à la traversée chaotique que Jack London entreprend, de 1907 à 1909, sur les traces de ses modèles littéraires, Melville et Stevenson, à bord d’un navire construit selon ses voeux, le « Snark », que les vices de construction vont exposer à de nombreuses avaries. Les aléas climatiques ainsi que l’amateurisme de son équipage achèvent de compliquer la tâche de l’intrépide instigateur du voyage, qui finit par prendre lui-même la barre, après s’être formé à la navigation grâce aux ouvrages qu’il a heureusement emportés à bord. Seule la santé déclinante de l’équipage, rongé par les fièvres, contraint finalement Jack London et sa seconde épouse Charmian à écourter au bout de deux ans un voyage intialement prévu pour en durer sept.

De ce périple, il rapporte des articles et des récits de voyage comme Les Contes des mers du sudLa Croisière du SnarkFils du soleil et L’Aventureuse, autant d’ouvrages qui apparaissent à l’état de traces, sous forme de courtes citations imprimées sur les cimaises, mais dont l’écriture est dans l’ensemble passée sous silence (malgré la présence d’une machine à écrire dans une vitrine, unique objet désignant métonymiquement l’écrivain) au profit du voyage dont elles se nourrissent. On ne s’étonnera donc pas si l’affiche de l’exposition présente un Jack London au sextant, ayant troqué les outils de l’écrivain contre un instrument de navigation, symbole de l’aventure et du primum vivere si cher à une certaine catégorie d’écrivains américains, engagés, comme le veut la légende, dans un corps à corps viril avec le réel.

 

Le périple de Jack London comme trame (prétexte ?) d’une exposition ethnographique

Les pérégrinations de l’écrivain offrent aussi une structuration toute trouvée à l’exposition : le visiteur suit en effet Jack London d’île en île (successivement Hawaï, les îles Marquises, Tahiti, Fidji, Samoa, Nouvelles Hébrides et les îles Salomon) et découvre à cette occasion les us et coutumes locaux, brièvement présentés dans les cartels de salle et abondamment illustrés par quelque deux cents cinquante tirages photographiques, souvent d’après des clichés de Jack London, et par un ensemble d’œuvres d’art océanien issues des collections du MAAOA (Musée d’arts africains, océaniens, Amérindiens), qui co-organise l’exposition, et d’autres grands musées à vocation similaire (Musée du quai Branly, Musée Barbier-Mueller, Musée d’Aquitaine, etc.) ou, plus rarement, de la collection de l’écrivain lui-même. Des extraits de films documentaires viennent s’y adjoindre, ainsi que de plus rares objets de papier : coupures de presse, facsimilé de manuscrits rétro-éclairés pour faciliter la lecture , ainsi que quelques livres – premières éditions  ou exemplaires de poche sans valeur bibliophilique particulière– présentés dans des vitrines, qui témoignent du succès et de la diffusion des œuvres de l’auteur.

Cette vaste exposition de 600 m2, occupant plusieurs salles du couvent de la Vieille Charité ainsi que sa chapelle, plonge le spectateur dans une ambiance feutrée, à la faveur d’un éclairage tamisé et de cimaises peintes en bleu des mers du Sud, rappelant de manière lancinante l’océan (dont un film en plan fixe assure la présence continue dans une des salles). Les divers instruments de navigation, de même que la maquette du Snark conçue pour l’exposition,  parachèvent la recherche de cette tonalité maritime qui n’est sans doute pas étrangère au choix de Marseille pour accueillir une exposition célébrant avant tout l’appel du grand large…

 

Nadja Cohen (FWO/ KU Leuven)
décembre 2017

 

Commissariat : Marianne Pourtal Sourrieu, conservatrice du patrimoine (MAAOA) & Michel Viotte auteur réalisateur.

Scénographie : Pascal Rodriguez

Catalogue : Michel Viotte & Marianne Pourtal Sourrieu, Jack London dans les mers du Sud : L’odyssée du Snark 1907-1908, avec une préface de Jeanne Campbell Reesman, 2017, 192 p., 25€

Dossier de presse en ligne

Film documentaire : Michel Viotte, Jack London, une aventure américaine, produit par « La Compagnie des Indes » et Arte, 2016.

Livre: Michel Viotte, Les Vies de Jack London, Arte éditions et La Martinière, 2016.

Entretien de Tewfik Hakem avec le co-commissaire Michel Viotte sur France Culture


Pour citer cet article:

Nadja Cohen, « Jack London dans les mers du Sud (Marseille) », dans L'Exporateur. Carnet de visites, Dec 2017.
URL : http://www.litteraturesmodesdemploi.org/carnet/jack-london-dans-les-mers-du-sud-marseille/, page consultée le 23/10/2021.